Le gerris, l’insecte qui patine sur les mares et bassin
Le gerris, vous l’avez forcément déjà vu un jour. Un drôle d’insecte tout fin, comme un gros moustique, posé à la surface d’une mare, d’un étang ou d’un bassin, qui glisse sur l’eau sans jamais couler. Comme s’il avait oublié qu’il n’était pas censé faire ça.
Et là, deux possibilités : soit vous vous êtes dit “tiens, un moustique bizarre”, soit vous avez passé trois minutes à essayer de comprendre comment cette bestiole pouvait marcher sur l’eau sans sombrer comme un caillou.
Cet insecte s’appelle le gerris. Et honnêtement, il mérite un peu plus de respect que “le gros moustique qui flotte”.
Parce que le gerris est en réalité une petite machine de précision, un prédateur discret, un patineur professionnel et probablement l’un des insectes les plus élégants des milieux aquatiques.
Qui est le gerris ?
Et non : ce n’est pas un moustique. Le gerris est une punaise aquatique. Oui, une punaise. Mais rassurez-vous, il ne débarquera pas dans votre lit, ce n'est pas son genre.
Le gerris appartient à la famille des Gerridae, un groupe d’insectes aquatiques souvent surnommés :
– araignées d’eau,
– punaises d’eau,
– ou encore patineurs de surface.
L’espèce la plus connue reste sans doute le gerris lacustre (gerris lacustris), que l’on croise très souvent sur les mares, étangs et zones d’eau calme. On le nomme aussi "araignée d'eau" .C’est un peu la “version classique” du Gerris, celle que nous observons le plus souvent sans forcément connaître son nom.
Son nom “lacustris” signifie simplement “des lacs” ou “lié aux eaux calmes”. Donc en gros, même son nom scientifique confirme qu’il préfère les coins tranquilles plutôt que les torrents déchaînés.
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Comment reconnaître un gerris ?
Le gerris est assez facile à identifier parce qu’aucun autre insecte ne se déplace exactement comme lui.
Il possède :
– six pattes très longues,
– un corps étroit,
– une silhouette légère,
– et surtout deux grandes paires de pattes écartées qui reposent sur l’eau.
Ses pattes sont couvertes de minuscules poils hydrophobes qui empêchent l’eau de mouiller réellement la surface de ses membres.
Résultat : il ne traverse pas la surface. Il “s’appuie” dessus. Un peu comme si l’eau devenait élastique sous son poids. Quand vous regardez bien, vous voyez même de petits creux autour de ses pattes à la surface de l’eau.
Et contrairement à beaucoup d’insectes aquatiques, il reste presque toujours au-dessus de l’eau, jamais dessous.
Comment le gerris marche-t-il sur l’eau ?
C’est là que ça devient fascinant. Le Gerris profite de ce qu’on appelle la tension superficielle de l’eau. En gros, la surface de l’eau agit comme une membrane extrêmement fine.
Pour nous, elle est trop fragile pour supporter quoi que ce soit.
Mais pour un insecte aussi léger que le Gerris, avec des pattes spécialement conçues pour répartir son poids, cela suffit largement.
Ses pattes repoussent l’eau grâce à leurs micro-poils imperméables. Résultat : le Gerris ne perce pas la surface.
Il glisse dessus. Et il peut même accélérer très vite, changer brutalement de direction ou bondir pour attraper une proie. Un vrai petit ninja aquatique.

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Où croiser un gerris ?
Le Gerris adore les eaux calmes. Vous le trouverez souvent :
– dans les mares,
– les étangs,
– les bassins,
– les fossés remplis d’eau,
– les zones humides,
– ou les coins tranquilles des rivières lentes.
Dès qu’il y a une surface d’eau relativement paisible, il peut s’installer. On le voit surtout du printemps jusqu’à l’automne. Et parfois en grand nombre.
Quand plusieurs Gerris se regroupent, on a presque l’impression d’assister à une réunion secrète de mini patineurs artistiques.
Peut-il voler ?
Oui, détail que beaucoup ignorent : certains Gerris savent voler.
Et c’est assez étrange à voir, parce qu’on imagine rarement ces insectes décoller après les avoir vus glisser pendant des heures à la surface d’une mare. Pourtant, certaines espèces utilisent leurs ailes pour coloniser de nouveaux points d’eau lorsque les mares s’assèchent ou deviennent trop encombrées.
D’autres individus sont quasiment sans ailes et passent leur vie entière sur le même plan d’eau. Un peu comme si certains avaient choisi la vie d’aventurier… et d’autres le télétravail aquatique.

Mais que fait le gerris en hiver ?
Le gerris ne disparaît pas totalement en hiver, même si on le voit beaucoup moins. Quand le froid arrive, il entre dans une sorte de repos appelé diapause. Selon les espèces et les conditions météo, il peut :
- se cacher dans la végétation des berges,
- sous des feuilles mortes,
- dans des fissures,
- sous des pierres,
- ou parfois dans des mousses humides proches de l’eau.
Il évite ainsi le gel et le manque de nourriture.
Certaines espèces passent l’hiver à l’état adulte, d’autres sous forme de larves ou d’œufs. Au printemps, dès que les températures remontent un peu, les Gerris réapparaissent sur les mares, étangs et zones calmes.
Le gerris est-il dangereux ? Est ce qu’il pique ?
Non, pour nous humain, le géris ne représente absolument aucun danger. Il ne pique pas les humains, ne transmet pas de maladie et ne cherche absolument pas le contact avec nous.
Quand on approche la main, il préfère généralement filer à toute vitesse sur l’eau comme un petit patineur paniqué.
En revanche, il possède bien un rostre piqueur — une sorte de bec pointu — qu’il utilise pour capturer ses proies.
Il s’en sert pour percer de petits insectes tombés à l’eau et aspirer leur contenu.
Donc si vous l’attrapez brutalement dans la main, il peut éventuellement tenter une petite piqûre défensive.
Mais :
– c’est rare,
– ce n’est pas dangereux,
– et cela ressemble surtout à une mini piqûre d’aiguille.
Autrement dit, le Gerris est surtout dangereux… pour les moustiques et les moucherons qui ont eu la mauvaise idée de finir dans l’eau.
Que mange le gerris ?
Sous ses airs gracieux, le Gerris est un prédateur.
Il chasse surtout :
– des moustiques tombés à l’eau,
– de petits insectes,
– des larves,
– des moucherons,
– parfois même des insectes plus gros blessés ou piégés.
Le Gerris détecte les vibrations à la surface de l’eau. Quand une proie se débat, il fonce dessus à toute vitesse. Puis il la perce avec son rostre — une sorte de bec piqueur — pour aspirer les liquides internes.
Oui. C’est beaucoup moins poétique d’un coup. Mais très efficace.
Comment se reproduit-il ?
La vie d'un gerris se déroule presque entièrement à la surface de l’eau, comme si cet insecte refusait catégoriquement de choisir entre le monde terrestre et le monde aquatique.
Au printemps, après l’accouplement, la femelle pond ses œufs sur des plantes aquatiques, des tiges flottantes ou juste au bord de l’eau. Les œufs sont collés grâce à une sorte de “super colle naturelle” qui leur évite de partir à la dérive au premier coup de vent.

À l’âge adulte, les Gerris se reproduisent durant les beaux jours. Selon les espèces et le climat, il peut y avoir une ou plusieurs générations par an.
Ce qui est assez amusant, c’est qu’un insecte qui passe sa vie à glisser élégamment sur l’eau finit finalement l’hiver caché dans la boue, les feuilles humides et les herbes des rives… beaucoup moins glamour, mais nettement plus efficace pour survivre au froid.
Petit gerris deviendra grand
Quelques jours ou semaines plus tard selon la température, les jeunes Gerris éclosent. Et là, surprise : ils ressemblent déjà énormément aux adultes. Pas de grosse métamorphose spectaculaire comme chez les papillons, pas de chenille. ni de cocon.
Le Gerris naît déjà avec son allure de mini patineur professionnel… même si au début, il ressemble davantage à un adolescent sur une patinoire un soir de verglas.
Les jeunes passent ensuite par plusieurs mues. À chaque fois, ils abandonnent leur ancienne “peau” devenue trop petite, un peu comme s’ils changeaient régulièrement de combinaison moulante. Leurs longues pattes s’allongent progressivement et certaines espèces développent des ailes.
Pendant toute leur croissance, les jeunes Gerris sont déjà de petits prédateurs très efficaces. Ils détectent les vibrations à la surface de l’eau grâce à leurs pattes ultra sensibles. Une mouche tombe ? Un moustique se débat ? Le Gerris fonce immédiatement dessus comme une mini vedette de police aquatique.
Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne “nage” quasiment jamais. Il exploite simplement la tension de surface de l’eau grâce aux milliers de micro-poils hydrophobes présents sur ses pattes. Résultat : il peut littéralement courir sur l’eau sans couler.
Le gerris est-il utile ?
Oui, énormément. Le Gerris participe à l’équilibre des milieux aquatiques en consommant de nombreux petits insectes, notamment des moustiques.
Il fait aussi partie de la chaîne alimentaire : certains poissons, amphibiens ou oiseaux peuvent le manger. Mais surtout, sa présence indique souvent qu’un milieu aquatique reste relativement vivant.
Quand une mare possède encore des Gerris, des libellules, des dytiques ou des notonectes, c’est généralement bon signe.

Les dangers qui menacent le gerris
Le problème du Gerris, c’est qu’il dépend directement des zones humides.
Et les zones humides disparaissent partout :
mares rebouchées,
fossés bétonnés,
étangs pollués,
pesticides,
eaux chargées en produits chimiques…
Même une fine pollution à la surface de l’eau peut devenir catastrophique pour lui. Car le Gerris vit précisément… sur cette surface.
Les huiles, produits ménagers, hydrocarbures ou traitements chimiques modifient la tension superficielle et peuvent perturber totalement ses déplacements.
Sans oublier les sécheresses de plus en plus fréquentes qui font disparaître les petits points d’eau temporaires où il vivait tranquillement.
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