insecte qui fait des trous dans les noisettes
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Le balanin des noisettes : ce petit charançon qui mange les noisettes avant vous

Le balanin des noisettes....c'est un gourmand ! Vous avez attendu patiemment que les noisettes mûrissent. Vous en ramassez une, vous la retournez et… un joli petit trou parfaitement rond traverse la coque.

Pas la peine de rechercher le coupable, il a déjà quitté les lieux !

Il s'agit probablement du balanin des noisettes, un petit charançon reconnaissable à son interminable nez et surtout connu pour une habitude particulièrement agaçante : sa larve grandit à l'intérieur des noisettes en mangeant l'amande.

Autrement dit, lorsque vous ouvrez votre noisette, elle est parfois déjà passée à table.

Pour le jardinier, le balanin est donc un ravageur. Pour le naturaliste, c'est aussi un insecte étonnamment spécialisé, doté d'un cycle de vie assez extraordinaire.

Alors, qui est ce petit perceur de noisettes ? Comment le reconnaître ? Pourquoi possède-t-il un rostre aussi impressionnant ? Et surtout, peut-on éviter qu'il transforme toute notre récolte de noisettes en restaurant géant à ciel ouvert ?

Qui est le balanin des noisettes ?

Le balanin des noisettes, de son nom scientifique Curculio nucum, est un coléoptère appartenant à la grande famille des Curculionidae, autrement dit les charançons.

Et les charançons, c'est une sacrée famille. Les Curculionidés comptent des dizaines de milliers d’espèces à travers le monde.

La plupart sont phytophages : selon les espèces, elles grignotent feuilles, racines, graines, fruits ou bois. Beaucoup possèdent ce fameux rostre, sorte de long museau portant les pièces buccales à son extrémité.

Il est présent en France et plus largement dans une grande partie de l'Europe et de l'ouest de l'Asie.

Et dans cette immense famille, notre balanin a choisi sa spécialité : la noisette. C'est précisément cette spécialisation qui lui vaut sa mauvaise réputation auprès des producteurs de noisettes...et des amoureux des noisettes tout court.

Curculio nucum, balanin des noisettes
Curculio nucum, balanin des noisettes

Comment reconnaître un balanin des noisettes ?

Si vous croisez un balanin adulte, vous comprendrez immédiatement pourquoi les charançons sont parfois surnommés les insectes à trompe. Mais il n'est pas le plus facile des insectes à repérer...c'est quand même un tout petit insecte !

Le corps est brun à roux grisâtre, recouvert d'une pubescence et de petites écailles donnant à l'insecte un aspect légèrement moucheté. Deux gros yeux noirs ressortent de chaque côté de la tête.

Mais évidemment, ce que l'on remarque immédiatement, c'est son nez. Ou plutôt son rostre. Il est extrêmement fin, allongé et courbé vers le bas. Les antennes sont implantées directement dessus.

Nom anglais : Hazelnut weevil / Nut weevil
Ordre : Coleoptera
Famille : Curculionidae
Taille de l'adulte : environ 7 à 8 mm
Taille de la larve : jusqu'à environ 15 mm
Couleur : brun roux à grisâtre
Signe distinctif : très long rostre (nez) incurvé. Et ce fameux rostre permet d'avoir une indication sur le sexe de l'animal.

Madame a le nez plus long

Chez la femelle, le rostre peut dépasser la longueur du corps. Chez le mâle, il est sensiblement plus court. Ce n'est pas une coquetterie anatomique.

La femelle possède cet incroyable outil pour accomplir une tâche essentielle : percer les jeunes noisettes afin d'y pondre. Elle se promène donc avec une véritable perceuse intégrée au visage. Pratique.

Attention aux sosies !

Tous les charançons à long nez ne sont pas des balanins des noisettes. Le genre Curculio comprend plusieurs espèces très ressemblantes. Certaines sont notamment associées aux glands ou aux châtaignes.

La détermination précise d'un Curculio sur une simple photographie peut donc être délicate.

Pour identifier sérieusement le balanin des noisettes, mieux vaut associer plusieurs indices : morphologie de l'insecte, plante sur laquelle il a été observé, période de l'année et, idéalement, examen des caractères permettant de distinguer les espèces.

Où peut-on croiser le balanin des noisettes ?

Sans surprise, vous risquez surtout de le croiser là où poussent les noisetiers. On peut rencontrer Curculio nucum dans les haies, lisières, bosquets, jardins, vergers et autres endroits où poussent des noisetiers sauvages ou cultivés.

L'espèce est largement distribuée en France. Mais il existe une petite difficulté pour qui voudrait l'observer : une partie considérable de son existence se déroule cachée.

  • L'adulte vit sur la végétation pendant la belle saison.
  • La larve, elle, passe plusieurs semaines enfermée dans une noisette avant de poursuivre son existence… sous terre.

Un insecte discret, donc, malgré un nez difficile à oublier.

Que mange un balanin des noisettes ?

Cela dépend de son âge. Car non, le balanin ne passe pas sa vie entière à croquer des noisettes !

Le menu des adultes

Au printemps, lorsque les adultes émergent, les noisettes ne sont pas encore suffisamment développées pour servir de nourriture. Ils peuvent alors se nourrir de bourgeons, jeunes feuilles et jeunes tissus végétaux.

Ils peuvent également effectuer des piqûres alimentaires sur différents fruits, notamment des poires et des pêches, ainsi que sur d'autres arbres fruitiers.

Lorsque les jeunes noisettes apparaissent, les balanins rejoignent les noisetiers et les percent également pour se nourrir.

Le menu de la larve

Là, les choses sont beaucoup plus simples. Au menu des larves : noisette. Encore de la noisette. Et toujours de la noisette.

Après l'éclosion, la larve se développe à l'intérieur de la noisette et la dévore progressivement. Elle dispose donc à la fois du gîte, du couvert et d'une coque protectrice.

Difficile de faire mieux pour un début de vie ! C'est l'idéal.

Larve de Balanin des noisettes
Larve de Balanin des noisettes

Comment le balanin pond-il dans une noisette ?

C'est probablement l'une des parties les plus fascinantes de son cycle. Lorsque les noisettes atteignent approximativement 8 à 12 mm de diamètre, la femelle balanin entre en action.

Elle utilise son long rostre pour forer la jeune noisette encore tendre. Une fois le passage réalisé, elle dépose généralement un œuf dans le fruit, grâce à son ovipositeur.

Et n'espérez pas repérer ce petit trou dans vos jeunes noisettes...c'est pratiquement impossible. Et la noisette n'en gardera aucune cicatrice en grandissant.

Une femelle peut produire en moyenne 25 à 30 œufs. Elle ne met donc pas tous ses oeufs dans la même noisette. Au sens propre.

Après environ 8 à 10 jours, l'œuf éclot. Et le nouveau petit charançon, nouvellement né, commence son repas. Et hop, une noisette.

Combien de temps la larve reste-t-elle dans la noisette ?

La larve se développe pendant environ 40 à 60 jours. Durant cette période, elle creuse et consomme progressivement l'amande.

Une noisette infestée peut ainsi finir presque entièrement vidée de son contenu nutritif, remplacé en partie par les déjections de la larve. Charmant.

Mais la larve ne peut évidemment pas passer le reste de sa vie dans son appartement devenu trop petit. Il va donc falloir sortir.

Pourquoi les noisettes ont-elles un petit trou rond ?

Voilà le fameux indice. Lorsqu'elle a terminé son développement, la larve perce elle-même la coque de la noisette.

Elle crée alors un trou de sortie généralement bien rond. Elle abandonne le fruit, tombe au sol puis s'enfonce dans la terre.

Ainsi, lorsque vous trouvez en fin d'été ou en automne une noisette présentant un trou circulaire assez net, le responsable a souvent déjà disparu. Le trou n'est donc généralement pas celui réalisé par la femelle pour pondre.

C'est la porte de sortie de la larve.

Que devient la larve une fois sortie de la noisette ?

Et c'est là que le cycle du balanin devient franchement étonnant. La larve s'enfonce dans le sol, généralement à proximité des racines du noisetier, et confectionne une petite loge terreuse.

Elle peut se trouver autour de 10 à 15 cm de profondeur.

Puis… Elle attend. Longtemps. Très longtemps à l'échelle d'un insecte.

La larve peut entrer en diapause pendant plusieurs hivers avant de se transformer en nymphe puis en adulte. Selon les individus et les conditions, le cycle complet peut ainsi s'étaler sur plusieurs années.

C'est l'une des raisons pour lesquelles une population de balanins ne disparaît pas simplement parce qu'une année vous avez soigneusement ramassé toutes les noisettes.

Une partie de la relève attend tranquillement sous vos pieds.

Le cycle de vie du balanin des noisettes

En simplifiant, l'histoire ressemble à ceci :

  • Printemps : apparition des adultes et alimentation sur la végétation et différents fruits.
  • Fin du printemps et début de l'été : présence sur les noisetiers, accouplement et alimentation sur les jeunes noisettes.
  • Début de l'été : la femelle perce les jeunes noisettes et pond.
  • Quelques jours plus tard : naissance de la larve.
  • Pendant 40 à 60 jours : la larve mange l'amande à l'intérieur de la noisette.
  • Fin d'été / automne : la larve perce la coque, sort et tombe au sol.

Ensuite : elle s'enterre et entre en diapause. Et lorsque le moment est venu : nymphose, transformation en adulte et retour sur les noisetiers.

La boucle est bouclée. Et votre prochaine récolte peut commencer à s'inquiéter.

Le balanin dépose ses oeufs dans les noisettes
Le balanin adulte dépose ses oeufs dans les noisettes

Pourquoi le balanin est-il considéré comme un ravageur du noisetier ?

Parce qu'il attaque précisément la partie du noisetier qui nous intéresse le plus : la noisette. Et il peut causer des dégâts de deux façons.

Les adultes font tomber de jeunes noisettes

Les adultes percent les jeunes fruits pour se nourrir. Ces piqûres nutritionnelles peuvent provoquer l'avortement et la chute prématurée d'une partie des jeunes noisettes.

Certaines noisettes peuvent donc être perdues avant même que les larves n'entrent en scène.

Les larves détruisent l'amande

Lorsqu'une larve se développe dans une noisette, elle consomme l'amande.

Pour le jardinier, le résultat est assez radical : une larve = une noisette pratiquement perdue.

Dans les vergers de production, Curculio nucum est ainsi considéré comme l'un des principaux ravageurs du noisetier et peut entraîner d'importantes pertes de rendement lorsque les populations sont élevées.

Comment savoir si vos noisettes sont attaquées ?

Plusieurs indices peuvent vous mettre sur la piste :

  • des jeunes noisettes qui tombent prématurément ;
  • des noisettes anormalement légères ;
  • une amande partiellement ou totalement consommée ;
  • la présence d'une grosse larve blanc crème à tête brune ;
  • des débris et excréments à l'intérieur ;
  • et surtout un trou rond dans la coque lorsque la larve est déjà sortie.

Attention toutefois : toutes les noisettes vides ou avortées ne sont pas forcément victimes du balanin.

Une mauvaise pollinisation, des conditions climatiques défavorables ou d'autres problèmes peuvent également donner des fruits sans amande correctement développée.

Le balanin peut-il tuer un noisetier ?

Non. Le balanin des noisettes est avant tout un ravageur des fruits, pas un insecte qui détruit l'arbre. Un noisetier adulte peut parfaitement héberger des balanins pendant des années sans mourir.

Le problème est essentiellement celui de la récolte.

Pour un particulier possédant quelques noisetiers, perdre quelques noisettes est surtout agaçant.

Dans un verger professionnel où la noisette constitue la production, l'équation devient évidemment très différente.

Comment limiter naturellement le balanin des noisettes ?

Dans un jardin favorable à la biodiversité, l'objectif n'est pas forcément d'exterminer chaque balanin présent à 50 mètres à la ronde. Mais si toutes vos noisettes finissent trouées, quelques mesures peuvent réduire la population.

Ramasser régulièrement les noisettes tombées

C'est probablement le geste le plus simple. Les noisettes infestées tombées au sol contiennent parfois encore leur larve.

En les ramassant rapidement, on peut donc retirer une partie des individus avant qu'ils ne quittent le fruit et ne s'enfouissent dans le sol.

Il faut être régulier : une larve prête à sortir ne va évidemment pas attendre gentiment le passage du jardinier.

Observer les adultes au printemps

Lorsque les adultes sont présents sur les noisetiers, on peut parfois les repérer en inspectant les branches.

Une technique traditionnelle consiste à placer un drap ou une toile sous l'arbuste puis à secouer les branches.

Les charançons tombés peuvent alors être récupérés. Sur quelques noisetiers de jardin, cela peut contribuer à réduire le nombre d'adultes reproducteurs.

Sur trois hectares de verger, prévoyez tout de même un grand drap ! ( 😌)

Et travailler le sol ?

On conseille parfois de travailler superficiellement le sol sous les noisetiers afin d'exposer les larves enfouies. L'idée repose sur une réalité biologique : une grande partie du cycle se déroule effectivement dans le sol.

Mais dans un jardin vivant, retourner régulièrement toute la terre sous les arbustes n'est pas forcément souhaitable. Le sol abrite aussi une multitude d'autres organismes parfaitement innocents et utiles.

À réserver éventuellement à des interventions très localisées plutôt que de transformer le pied du noisetier en champ labouré.

Balanin des noisettes charançon des noisettes
Balanin des noisettes charançon des noisettes

Les nématodes sont-ils efficaces contre le balanin ?

Les nématodes entomopathogènes (de minuscules vers microscopiques) font partie des pistes étudiées pour lutter biologiquement contre les larves présentes dans le sol. Mais il faut rester prudent avec les promesses commerciales.

Le balanin possède un cycle souterrain complexe, avec des larves capables de rester longtemps en diapause, ce qui rend son contrôle difficile.

Les recherches françaises menées notamment avec l'INRAE et la filière noisette travaillent depuis plusieurs années sur différentes stratégies de biocontrôle. Il n'existe donc pas de petite recette miracle garantissant la disparition du balanin d'un jardin.

Et c'est probablement une bonne chose de se méfier des articles promettant de régler définitivement le problème avec trois pulvérisations de décoction quelconque.

Faut-il traiter les noisetiers contre ce charançon ?

Pour quelques noisetiers dans un jardin familial, généralement, cela ne se justifie pas. Avant toute chose, il faut évaluer les dégâts.

Quelques noisettes trouées sur une récolte abondante ne constituent pas une catastrophe écologique nationale.

Si l'infestation devient réellement importante, les méthodes mécaniques et préventives sont à privilégier : ramassage des fruits atteints, surveillance des adultes et gestion raisonnée du sol.

En production professionnelle, la problématique est évidemment différente et fait l'objet de stratégies spécifiques.

Le balanin a-t-il des prédateurs ?

Comme beaucoup d'insectes passant une partie de leur cycle au sol, le balanin n'évolue pas dans un monde sans prédateurs.

Les adultes et les formes présentes dans le sol peuvent entrer dans le régime alimentaire de différents animaux insectivores ou être victimes de micro-organismes pathogènes.

Favoriser un jardin diversifié, avec haies, oiseaux insectivores, arthropodes prédateurs et sol vivant, contribue donc au fonctionnement général des régulations naturelles.

Cela ne signifie pas qu'une mésange va miraculeusement régler votre problème de balanins. La biodiversité n'est pas un service après-vente.

Mais un écosystème diversifié est toujours préférable à un jardin dans lequel on tente de supprimer chimiquement chaque organisme ayant commis l'erreur de manger quelque chose avant nous.

Le balanin des noisettes est-il dangereux pour l’Homme ?

Non. Il ne pique pas l'Homme, ne mord pas le jardinier et ne cherche évidemment pas à entrer dans les maisons.

Quant à la larve découverte dans une noisette… Disons simplement que sa présence rend le fruit particulièrement peu appétissant.

Le principal risque reste donc essentiellement psychologique lorsque vous découvrez la moitié d'une larve après avoir croqué dans une noisette.

Peut-on manger une noisette attaquée par le balanin ?

Une noisette dont l'amande a été consommée, souillée et dégradée par une larve n'a évidemment plus d'intérêt alimentaire et doit être écartée.

En revanche, trouver une noisette attaquée au milieu d'un panier ne signifie pas que toute la récolte doit être jetée. Il suffit de trier les fruits. Les noisettes intactes restent des noisettes intactes.

Le balanin des noisettes est-il utile à quelque chose ?

Voilà la question qui revient souvent dès qu'un insecte ose manger nos légumes ou nos fruits.

« Mais à quoi sert-il ? »

À vivre, déjà.

Dans un écosystème naturel, Curculio nucum fait partie du réseau alimentaire et des interactions établies depuis très longtemps autour des noisetiers. Il consomme des ressources végétales et devient lui-même une ressource potentielle pour d'autres organismes.

Le qualifier de ravageur correspond à notre point de vue humain : il devient gênant lorsque nous souhaitons récolter les mêmes noisettes que lui.

Dans une haie sauvage où personne ne récolte les fruits, personne ne lui envoie de lettre de mise en demeure.

Balanin et noisetier : une histoire de spécialisation

Ce qui rend ce petit charançon particulièrement intéressant n'est finalement pas le trou qu'il laisse dans une noisette. C'est son extraordinaire adaptation.

Une femelle capable de forer un fruit grâce à un rostre démesuré, un œuf placé directement à proximité de la future nourriture, une larve protégée à l'intérieur d'une coque puis capable de poursuivre son développement sous terre pendant plusieurs années…

Tout son cycle est construit autour d'une ressource : la noisette. Alors oui, découvrir vingt noisettes vides dans son panier peut donner envie de traiter le balanin de tous les noms. et franchement, personne ne vous en voudra si vous le faites.

Mais regardez-le une fois en gros plan.

Avec son corps minuscule, ses énormes yeux noirs, ses antennes plantées au milieu du rostre et ce nez absolument invraisemblable, le voleur de noisettes est tout de même une sacrée réussite de l'évolution.

Même si, question partage de la récolte, il reste assez mauvais camarade.

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