Les cenelles, les petits fruits rouges de l’aubépine
À l'automne, elles sont partout. De petites boules rouges accrochées aux haies, souvent en grappes, que les oiseaux semblent repérer bien avant nous.
Ce sont les cenelles, les fruits de l'aubépine. Et forcément, quand on aime goûter ce que la nature nous offre, une question finit par arriver : est-ce que ça se mange ?
Alors oui, les fruits de l'aubépine sont comestibles.
Mais avant de vous précipiter sur la première haie avec un panier sous le bras, autant vous prévenir : croquer une cenelle ne provoque généralement pas le même enthousiasme qu'une fraise bien mûre.
Disons que l'aubépine a d'autres arguments. Et même si vous n'êtes pas un merle, vous pouvez les découvrir et les déguster ! Si, si...
Les fruits de l’Aubépine
L'aubépine appartient à la grande famille des Rosacées, comme les pommiers, les poiriers, les fraisiers… et les rosiers.
En France, on rencontre notamment l'aubépine monogyne (Crataegus monogyna) et l'aubépine à deux styles (Crataegus laevigata). Ok dit comme ça, ça fait super scientifique, mais si vous souhaitez en savoir plus sur cet arbuste, j'ai écris un article dessus, ou je vous explique tout :
Dans la nature, plus simplement, ce sont des arbustes ou de petits arbres que l'on trouve dans les haies, les lisières, les friches et les broussailles. Pas franchement l'arbuste super aimable à fréquenter, car il porte des épines qui vous ote de suite l'envie d'aller le caresser de très près.
Au printemps, difficile de manquer leur floraison blanche. Puis, à la fin de l'été et en automne, les fleurs laissent place à de petits fruits rouges : les fameuses cenelles.

Aubépine ou prunellier ?
Les deux poussent volontiers dans les haies. Les deux piquent. Et les deux donnent des fruits sauvages que l'on peut récolter en automne. Mais leurs fruits sont difficiles à confondre lorsqu'on les connaît.
La cenelle est rouge, tandis que la prunelle du prunellier (Prunus spinosa) devient bleu-noir à maturité et se couvre souvent d'une pruine blanchâtre.
Le prunellier est d'ailleurs surnommé « épine noire », tandis que l'aubépine a longtemps été appelée « épine blanche ».
Si vous hésitez encore devant une haie, j'ai consacré un article entier aux différences entre l'aubépine et le prunellier.
À quoi ressemble une cenelle ?
Les cenelles sont de petits fruits arrondis ou légèrement ovales, qui deviennent rouges à maturité.
Selon l'espèce d'aubépine, elles renferment un ou plusieurs noyaux : Crataegus monogyna, comme son nom l'indique, possède généralement un seul style et son fruit un seul noyau, tandis que Crataegus laevigata en possède généralement deux.
Pas besoin toutefois de disséquer chaque fruit rencontré pour profiter de la promenade.
Pour reconnaître l'aubépine, mieux vaut regarder l'ensemble de l'arbuste : ses rameaux épineux, ses feuilles lobées, ses fruits rouges en automne et, si vous revenez au printemps, ses bouquets de fleurs blanches. Car non, tous les petits fruits rouges qui poussent sur des arbustes épineux ne sont pas des cenelles.
Donc avant de cueillir, on vérifie ! Ca évite les ennuis.
Est-ce que les fruits de l’aubépine sont comestibles ?
Oui. Les cenelles peuvent se manger crues, ou après être passées dans votre cuisine.
Comme les pépins de pomme ou les noyaux de certains fruits de la même famille, ils contiennent des substances naturelles appelées composés cyanogènes. Lorsqu'elles sont dégradées, notamment si la graine est écrasée ou mâchée, elles peuvent libérer une petite quantité de cyanure.
Pas de panique si vous avalez accidentellement un noyau entier : le problème n'est pas de manger une cenelle de temps en temps. La précaution consiste surtout à ne pas broyer les noyaux et à les retirer ou les filtrer lorsqu'on prépare une grande quantité de fruits.
Rien de très compliqué, mais il faut quand même faire attention en les préparant.
Reste maintenant la question essentielle : est-ce que c'est bon ?
Quel goût ont les cenelles ?
Si vous vous attendez à croquer dans une petite baie rouge, juteuse et sucrée, l'aubépine risque de briser vos rêves. La cenelle possède une chair plutôt farineuse, légèrement sucrée, avec une saveur douce mais assez discrète.
Crue, elle n'est franchement pas le fruit sauvage le plus agréable à goûter. On peut parfaitement en chiper quelques-unes lors d'une promenade, mais rares sont les personnes qui s'assoient ensuite sous l'arbuste en déclarant : « Annulez le déjeuner, j'ai trouvé des cenelles ! »
En cuisine, en revanche, elles deviennent beaucoup plus intéressantes. La cuisson permet notamment de travailler leur texture et de les associer à d'autres fruits plus parfumés.
Quand cueillir les fruits de l’aubépine ?
Les cenelles mûrissent à la fin de l'été et en automne, avec une période de récolte qui varie selon les régions, les espèces et les conditions de l'année.

En pratique, septembre et octobre sont de bons mois pour les repérer et les récolter. Certaines peuvent rester sur les arbustes beaucoup plus longtemps.
Cherchez des fruits bien rouges et mûrs. Et prenez des gants si la haie est particulièrement généreuse en épines. L'aubépine partage volontiers ses fruits, mais elle tient quand même à vérifier votre motivation.
Et elle se rappelle rapidement à nous lorsque l'on oublie que ses épines sont sacrément longues et pointues. Alors on n'oublie pas ses gants et on met un vêtement qui ne craint pas les déchirures et qui vous protégera les bras !
Faut-il attendre les premières gelées pour cueillir les cenelles ?
J'ai lu parfois qu'il faudrait absolument attendre le gel pour récolter les cenelles. Ce n'est pas indispensable. Les cenelles ne sont pas les prunelles !
Contrairement aux prunelles, qui sont vraiment âpre quand on les déguste crues, et qui demandent vraiment à être préparées avant d'être dégustées, les cenelles peuvent être récoltées mûres avant les premières gelées.
Leur texture et leur saveur peuvent évoluer lorsqu'elles restent longtemps sur l'arbre, mais inutile d'attendre une nuit à -3 °C en surveillant la météo pour avoir le droit de sortir votre panier.
Comment cueillir les cenelles (sans faire n’importe quoi) ?
Comme toujours avec la cueillette sauvage, la première règle est simple : être absolument certain de l'identification.
On ne mange jamais un fruit sauvage parce qu'il « ressemble à peu près » à celui vu sur une photo.
Évitez également les arbustes situés au bord de routes très fréquentées ou dans des endroits susceptibles d'avoir reçu des traitements (près des champs par exemple ! )
Et surtout, ne cueillez pas tous les fruits de l'arbuste. Prenez ce dont vous avez réellement besoin. Parce que les cenelles ne poussent pas uniquement pour remplir nos pots de confiture. Elles sont aussi très utiles aux petites bestioles qui vivent dans la nature.
Les oiseaux aussi adorent les cenelles
Pendant l'automne et l'hiver, les fruits de l'aubépine constituent une ressource alimentaire pour de nombreux oiseaux. Donc il faut aussi penser à eux lorsque vous vous lancez dans la cueillette de fruits sauvages.
Merles, grives et différents passereaux peuvent venir s'en nourrir. En avalant les fruits puis en rejetant les graines ailleurs, les oiseaux participent également à leur dispersion. Rien de tel que les oiseaux pour disperser les petits noyaux dans la nature. Petits noyaux qui germeront pour donner de nouvelles aubépines un peu plus loin.

L'aubépine offre d'ailleurs bien davantage que ses fruits. Sa structure dense et épineuse procure des abris et des sites de nidification à différents oiseaux, tandis que ses fleurs printanières attirent de nombreux insectes.
Une vieille haie d'aubépine n'est donc pas simplement « un truc qui pique au fond du jardin ». C'est un petit morceau d'habitat. Et à l'automne, son restaurant est ouvert.
Voilà une excellente raison de laisser une bonne partie des cenelles sur l'arbuste, particulièrement si vous n'avez aucune intention de les cuisiner. Et puis c'est joli comme décoration dans le jardin à l'automne !
Que faire avec les fruits de l’aubépine ?
Soyons francs : si vous avez goûté une cenelle directement sur l'arbuste, vous ne vous êtes probablement pas dit : génial, j'ai trouvé un nouveau fruit sauvage pour mon dessert.
C'est en cuisine que les fruits de l'aubépine deviennent plus intéressants.
Leur chair un peu farineuse se prête bien aux préparations cuites. Seul petit problème : les noyaux prennent beaucoup de place dans ces petits fruits. Il faut donc généralement faire cuire les cenelles puis les passer au moulin à légumes ou au tamis, sans broyer les noyaux. Ca se mérite un peu les cenelles...
Et là, plusieurs possibilités s'offrent à vous.
Gelée de cenelles
C'est sans doute l'une des façons les plus simples de les utiliser. Il suffit de faire cuire les fruits dans un peu d'eau jusqu'à ce qu'ils soient bien tendres, puis vous filtrez pour récupérer le jus avant d'ajouter le sucre. Vous allez obtenir une gelée douce, légèrement fruitée.
Vous pouvez aussi préparer votre gelée en mélangeant les cenelles avec des pommes. La pomme apporte justement un peu de peps à notre cenelle qui, il faut bien l'avouer, n'est pas la reine des saveurs explosives.
Compote de cenelles et de pommes
Même principe : on fait cuire les cenelles, on retire les noyaux en passant la préparation, puis on mélange la pulpe obtenue à des pommes cuites.
La pomme et l'aubépine vont particulièrement bien ensemble, et ce n'est finalement pas très étonnant : elles appartiennent toutes les deux à la famille des Rosacées.
Avec un peu de cannelle si vous aimez, cela donne une compote très automnale.

Pâte de fruits à l'aubépine
La texture farineuse des cenelles, plutôt décevante lorsqu'on les mange crues, devient ici un avantage. La pulpe cuite et débarrassée de ses noyaux peut être mélangée avec du sucre puis cuite jusqu'à obtenir une préparation suffisamment épaisse pour réaliser une pâte de fruits.
Comme quoi, la cenelle a du potentiel. Il faut simplement lui laisser une deuxième chance.
Et pourquoi pas un sirop ?
On peut également utiliser les fruits cuits et filtrés pour préparer un sirop de cenelles, à diluer dans de l'eau ou à utiliser pour parfumer certains desserts.
Là encore, rien n'empêche de les associer à la pomme ou à d'autres fruits d'automne si vous trouvez leur saveur un peu trop discrète.
A tester pour des confitures naturelles : les fruits du Sureau , les cynorrhodons, les argouses et les prunelles
L’aubépine est-elle une plante médicinale ?
Oui, et son utilisation ne date pas d'hier. Mais il faut faire une distinction importante entre manger quelques cenelles et utiliser une préparation d'aubépine en phytothérapie.
Ce sont surtout les sommités fleuries, c'est-à-dire les feuilles et les fleurs, qui sont utilisées comme plante médicinale et qui font l'objet d'une monographie de l'Agence européenne des médicaments.
L'aubépine est traditionnellement utilisée pour soulager certains symptômes légers liés au stress, favoriser le sommeil, ainsi que pour certaines sensations cardiaques passagères, après qu'un médecin a écarté une maladie nécessitant un traitement.
Autrement dit, inutile de regarder votre pot de gelée de cenelles comme un médicament pour le cœur. Ce serait beaucoup trop lui demander.
Les fruits contiennent néanmoins différents polyphénols, notamment des flavonoïdes et des procyanidines, qui font partie des composés étudiés chez les aubépines. Mais cela ne permet pas d'attribuer à une poignée de cenelles les effets d'un extrait médicinal standardisé.
Si vous souhaitez utiliser l'aubépine dans un but thérapeutique, notamment en cas de problème cardiovasculaire ou si vous prenez déjà des médicaments, mieux vaut demander conseil à un médecin ou à un pharmacien. Ce sera plus simple et plus sûr.

Que contiennent les cenelles ?
Les cenelles sont de petits fruits assez simples. Elles contiennent des fibres, des sucres naturels, des vitamines et des minéraux, mais aussi des substances naturellement présentes dans les végétaux qui participent à leur couleur et à leur goût.
Leur composition peut varier selon l'espèce d'aubépine et la maturité des fruits. Il est donc difficile de donner des chiffres précis pour les cenelles que vous venez de cueillir dans une haie. Ce n'est en tous cas pas en grignotant quelques cenelles sur un arbre, ou en dégustant votre gelée ou compote, que vous pourrez dire que vous suivez un traitement médical à base d'aubépine !
Pas besoin, finalement, de leur chercher des pouvoirs extraordinaires. Ce sont simplement de petits fruits sauvages comestibles, à découvrir en automne et à consommer pour le plaisir.
Et c'est déjà très bien comme ça. Et si vous mangez une gelée de cenelles avec une belle quantité de sucre, inutile de lui chercher une excuse médicale. Mangez-la parce qu'elle est bonne.
C'est déjà une excellente raison.
La prochaine fois que vous croiserez une aubépine…
Vous regarderez peut-être ses petites boules rouges autrement.
Les cenelles ne sont certainement pas les fruits sauvages les plus délicieux à manger directement sur l'arbuste. Mais une fois cuisinées, elles méritent largement qu'on s'y intéresse.
Et puis cueillir quelques fruits sauvages, c'est aussi une bonne excuse pour ralentir, observer les haies et découvrir tout ce qui s'y passe. Alors, si vous tentez la cenelle cet automne, n'oubliez pas d'en laisser quelques branches bien garnies.
Les merles étaient là avant nous. 😄
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