Champignon Les doigts du diable
Plantes sauvages

Les doigts du diable : ce champignon rouge qui ressemble à une pieuvre

Imaginez une promenade tranquille en forêt. Les feuilles craquent sous vos chaussures, les oiseaux chantent et soudain… une étrange créature rouge semble sortir de terre.

Des tentacules écarlates, une matière noirâtre et visqueuse, une odeur de cadavre en décomposition.

Non, vous n'êtes pas tombé sur le tournage d'un film d'horreur. Vous venez simplement de rencontrer les doigts du diable, un champignon aussi spectaculaire que malodorant.

Et derrière cette apparence de monstre extraterrestre se cache une histoire plutôt étonnante.

Les doigts du diable, c’est quoi exactement ?

Son véritable nom est Clathrus archeri, également appelé anthurus d'Archer, clathre d'Archer, Octopus fungi ou champignon-pieuvre.

Il appartient à la famille des Phallacées (Phallaceae), qui compte quelques autres champions des odeurs épouvantables, notamment le célèbre Satyre puant.

Contrairement aux champignons classiques, avec leur pied et leur chapeau bien sages, celui-ci a choisi une présentation nettement plus théâtrale.

À maturité, il déploie généralement quatre à huit bras rouge vif, disposés comme les tentacules d'une pieuvre ou les branches d'une étoile de mer.

Une apparition suffisamment étrange pour faire reculer plus d'un promeneur.

Champignon Mushroom Doigts du diable
Champignon Mushroom Doigts du diable qui sortent de leur "oeuf"

Pourquoi l’appelle-t-on les doigts du diable ?

Avec ses tentacules rouge sang qui surgissent de terre, difficile de lui trouver un nom plus rassurant ! Ajoutez une naissance dans un œuf mystérieux, une odeur de cadavre et une apparence de créature infernale… Il ne lui manque plus que les cornes et la fourche.

On pourrait croire qu'une vieille légende raconte que le diable aurait oublié quelques doigts dans nos forêts. Eh bien non ! Aucune légende ancienne connue ne semble expliquer ce surnom. C'est simplement son apparence qui lui a valu cette réputation diabolique.

Quant à son nom scientifique, Clathrus archeri, il est nettement moins diabolique. Clathrus signifie « grille » ou « treillis », en référence à ses cousins qui ressemblent à de petites cages rouges. Et archeri rend hommage au naturaliste William Archer.

Bref, entre une grille et un naturaliste, on est quand même loin des flammes de l'enfer !

Et finalement, c'est presque décevant. Avec une tête pareille, il aurait quand même pu faire un petit effort pour entrer dans le folklore !

Un champignon qui sort d’un œuf ?

C'est probablement la partie la plus fascinante de son existence. Avant de ressembler à une créature infernale, notre champignon commence sa vie visible sous la forme d'un petit œuf blanchâtre ou rosé, de quelques centimètres de diamètre.

Puis l'œuf se fend. Des bras rouges apparaissent, d'abord réunis, avant de se déployer progressivement vers l'extérieur. Le résultat est spectaculaire : on croirait assister à l'éclosion d'une créature extraterrestre.

Mais rassurez-vous, aucune bestiole extraterrestre ne va sortir de cet œuf ! C'est simplement le champignon qui fait son apparition. Enfin… la partie visible du champignon.

Car le plus gros du travail se passe sous terre, où un réseau de minuscules filaments, appelé mycélium, se développe tranquillement.

Et quand les conditions sont bonnes, notre champignon sort le grand jeu : il déploie ses tentacules rouges pour répandre ses spores, l'équivalent des graines chez les plantes (même si, scientifiquement, ce n'est pas tout à fait la même chose).

Une méthode de reproduction plutôt spectaculaire. Il faut reconnaître qu'à côté, le champignon de Paris manque sérieusement d'imagination.

Pourquoi les doigts du diable sentent-ils aussi mauvais ?

Parce que ce champignon a une stratégie de séduction très particulière. Là où les fleurs utilisent des parfums agréables pour attirer les pollinisateurs, les doigts du diable ont choisi une autre clientèle : les mouches attirées par les matières en décomposition.

Octopus_fungi
Octopus fungi les doigts du diable avec sa substance gluante

Ses bras rouges portent une substance gluante, brun verdâtre à noirâtre, appelée gléba. Elle contient les spores et dégage une odeur rappelant la viande pourrie ou les excréments.

Pour nous, c'est répugnant. Pour certaines mouches, c'est une invitation au restaurant. Chacun ses goûts !

Les mouches viennent explorer cette matière, s'en nourrissent et repartent en transportant des spores sur leur corps ou dans leur tube digestif. Et voilà comment notre champignon assure sa descendance.

Pas besoin de vent favorable : il dispose de son propre service de livraison.

Comment un champignon australien est-il arrivé dans nos forêts ?

C'est ici que l'histoire devient intéressante. Les doigts du diable sont originaires de l'hémisphère Sud, généralement associés à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande. Le champignon est signalé en France dès 1920, notamment dans les Vosges.

Mais comment a-t-il traversé les océans ?

L'une des hypothèses les plus souvent avancées concerne les importations de laine australienne, utilisées dans les filatures vosgiennes. Des spores auraient voyagé avec les marchandises. Une fois arrivées sur le sol français, hop, elles se sont réparties dans la nature. Le grand voyage des champignons et des plantes se passent souvent ainsi.

Une autre hypothèse évoque la Première Guerre mondiale, les soldats venus d'Australie et leur matériel, ou encore le fourrage destiné aux chevaux.

Difficile de départager définitivement ces scénarios. Une chose est certaine : le champignon s'est parfaitement acclimaté et a progressivement étendu sa présence à de nombreuses régions européennes et françaises.

Un passager clandestin qui a visiblement apprécié son séjour.

Où peut-on trouver les doigts du diable en France ?

Inutile de chercher une forêt hantée. Les doigts du diable affectionnent notamment les milieux humides riches en matières organiques :

  • Les sous-bois de feuillus et les forêts mixtes.
  • Les sols couverts de feuilles mortes.
  • Les endroits où le bois se décompose.
  • Les jardins contenant du broyat ou des copeaux de bois.
  • Certaines prairies et lisières forestières.

Il apprécie particulièrement les sols humides et plutôt acides. On peut observer ses fructifications de l'été jusqu'à l'automne, parfois plus tard lorsque les conditions météorologiques restent favorables.

L'automne est donc une bonne période pour ouvrir l'œil, notamment après des épisodes pluvieux. Et parfois, avant même de le voir, vous aurez déjà remarqué son parfum peu engageant.

Les doigts du diable sont-ils dangereux ou toxiques ?

Malgré leur allure inquiétante, les doigts du diable ne sont pas considérés comme un champignon toxique. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faut les mettre dans votre assiette.

Champignon rouge Mushroom red's devil
Champignon rouge Mushroom red's devil

Leur intérêt gastronomique est pratiquement nul, notamment à cause de leur odeur et de leur texture. Ils sentent mauvais et son très caoutchouteux.

Naturellement personne n'aura réellement envie de se jeter sur cet étrange champignon. Certains ouvrages évoquent la consommation possible du champignon au stade d'œuf, mais cela ne constitue pas une recommandation de cueillette.

La confusion avec d'autres champignons au stade immature reste possible. Mieux vaut donc les admirer et les photographier plutôt que de tenter de les goûter pour le fun...

De toute façon, lorsqu'un champignon sent le cadavre, on peut raisonnablement supposer qu'il ne cherche pas à finir dans une omelette.

Est-ce une espèce invasive ?

Voilà une question plus sérieuse que son apparence ne le laisse penser. Les doigts du diable sont une espèce exotique introduite en Europe, aujourd'hui naturalisée dans de nombreux territoires.

Mais il faut distinguer une espèce exotique d'une espèce exotique envahissante ayant des conséquences écologiques démontrées.

La progression géographique des doigts du diable est bien documentée. En revanche, ses effets précis sur les communautés de champignons indigènes et sur le fonctionnement des écosystèmes restent insuffisamment connus.

Il serait donc excessif de le présenter systématiquement comme une menace pour nos forêts. Sa présence mérite néanmoins d'être étudiée, comme celle des autres organismes introduits qui s'installent durablement dans de nouveaux milieux.

À quoi sert ce champignon dans la nature ?

Malgré sa tête de monstre, les doigts du diable sont plutôt utiles ! Ce champignon fait partie de l'équipe de nettoyage de la nature. Il se nourrit de matières organiques mortes, comme les feuilles et les débris végétaux, et contribue à leur décomposition.

En gros, il participe au recyclage des déchets naturels. Et tout ça gratuitement, sans camion-poubelle ni grève des éboueurs.

Les scientifiques appellent ça un champignon saprotrophe. Mais franchement, « éboueur des sous-bois », c'est quand même plus sympathique. Il entretient également des interactions avec les insectes qui assurent la dispersion de ses spores.

Autrement dit, ce drôle de champignon n'est pas seulement une curiosité photographique. Il participe, à sa manière, au fonctionnement du monde vivant.

Que faire si des doigts du diable poussent dans votre jardin ?

Pas de quoi paniquer. Si vous découvrez un œuf blanchâtre qui donne naissance à une pieuvre rouge au milieu de votre paillage, inutile de sortir l'artillerie lourde.

Clathrus archeri un champignon tout rouge
Clathrus archeri un champignon tout rouge non toxique mais qui sent mauvais

Le champignon ne s'attaque pas aux plantes vivantes comme le ferait un parasite. Il exploite principalement les matières organiques en décomposition. Vous pouvez donc le laisser poursuivre tranquillement son cycle.

Son odeur peut être désagréable à proximité, mais sa présence ne justifie pas, à elle seule, de traitement particulier.

Et si vous avez des enfants, c'est une formidable occasion de leur montrer qu'un champignon ne ressemble pas forcément à ceux que l'on trouve au rayon légumes comme les champignons de Paris.

Pourquoi les doigts du diable fascinent-ils autant ?

Parce qu'ils bouleversent complètement l'image que nous nous faisons des champignons. Pas de joli chapeau brun, pas de pied dodu, pas de silhouette rassurante.

À la place : une éclosion spectaculaire, des bras écarlates, une odeur de charogne et des mouches chargées d'assurer la reproduction. Tout semble avoir été imaginé pour un film de science-fiction.

Et pourtant, chaque détail répond à une fonction biologique. La nature n'a pas besoin de monstres imaginaires. Elle possède déjà les doigts du diable.

Alors, si vous croisez un jour cette étrange pieuvre rouge dans un sous-bois, ne la piétinez pas. Prenez une photo, observez-la… et gardez peut-être une petite distance avec votre nez (conseil d'amie)

Après tout, ce champignon a traversé les océans pour s'installer chez nous. Ce serait dommage de ne pas lui accorder quelques secondes d'attention.

-

Envie de poursuivre votre promenade parmi les plantes sauvages ?

-

À découvrir

🌿 Certaines plantes autour de vous sont comestibles… mais vous passez peut-être à côté

Elles poussent au jardin, dans les haies, au bord des chemins… encore faut-il savoir les reconnaître et éviter les confusions.

👉 Découvrez 15 plantes sauvages comestibles faciles à identifier, même si vous débutez

Des repères simples, les parties comestibles, les précautions à connaître et des idées pour les utiliser facilement.

🎁 Inclus : un mini guide offert sur le mélilot, une plante sauvage étonnante au parfum de vanille

👉 Voir les 15 plantes

-

Apprenez les bases de la cueillette sauvage sans vous tromper.

Téléchargez votre guide gratuit !

Je ne spamme pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Apprenez les bases de la cueillette sauvage sans vous tromper.

Téléchargez votre guide gratuit !

Je ne spamme pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!